Logibox : Apprendre les bases de l’informatique… sans ordinateur !

logiboxOn parle de plus en plus souvent de l’apprentissage du code à l’école. François Hollande a commencé à évoquer le sujet début 2014. Cet été, c’était au tour des parlementaires de l’opposition de proposer une loi. Le récent rapport Jules Ferry 3.0 inclut parmi ses préconisations un programme complet d’enseignement de l’informatique de l’école primaire au lycée. A l’heure actuelle, l’initiation à l’informatique des plus jeunes s’appuie beaucoup sur des initiatives d’associations (Les voyageurs du code, Les petits débrouillards…) ou des lieux d’éducation informelle (EPN, bibliothèques, CCSTI…)

Depuis quelque temps, de nouveaux formats d’animation sont apparus (les coding goûters par exemple), ils prennent appui sur des outils ludiques comme le logiciel Scratch. L’une des ambitions récurrentes de ce type d’atelier est de désintoxiquer les enfants d’une forme de dépendance vis à vis des machines, et de les faire passer du statut de consommateur passif à celui d’utilisateur actif. Ils encouragent le bidouillage et ils mêlent souvent avec ironie high-tech et low-tech. En septembre, lors de la Semaine digitale de Bordeaux, des ateliers « tricodeur » mêlaient ainsi programmation informatique et… tricot. La bibliothèque d’Aulnay proposait encore la semaine dernière de transformer des fruits en clavier d’ordinateur (!) à l’aide d’une carte Makey Makey. Encore plus radical : le programme néo-zélandais Computer Science Unplugged aborde l’informatique sans aucun ordinateur, uniquement par le biais d’activités physiques ou sportives, de jeux de cartes, etc. (consultez la documentation en français sur le site).

Initier les enfants à l’informatique de façon ludique, sans ordinateur mais avec de simples mallettes en bois c’est précisément le défi que s’est fixé Gaël Gouault dans le cadre de ses études d’arts plastiques. Son projet intitulé « Logibox » était présenté au Centre Pompidou lors de l’exposition Transformations que j’ai déjà évoquée ici. Son travail figure également dans le traditionnel numéro de la revue Etapes consacré au diplômés des écoles d’art. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Gaël lors de son passage à Paris mais j’avais vraiment envie d’en savoir plus sur son projet, je lui ai donc adressé par mail quelques questions auxquelles il a aimablement répondu.

A propos de Logibox, de Gaël Gouault

Nicolas Beudon : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Gaël Gouault : Je m’appelle Gaël, j’ai commencé mes études de graphisme à l’école supérieure d’art du Havre où j’ai obtenu mon DNAP (diplôme national d’arts plastiques), puis je suis allé à l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg afin de passer mon DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique). J’ai grandi dans une famille de bricoleurs tout en étant passionné d’informatique. Pour mon diplôme de fin d’études, j’ai choisi d’allier ces deux univers.

En quoi consistent les mallettes que vous avez créées ?

Les mallettes Logibox tentent d’initier la jeune génération au fonctionnement de l’ordinateur. Chaque mallette est faite en bois (avec parfois un peu d’électronique) et composée de mécanismes et d’objets manipulables. Une notice détachable (sur le couvercle) est disponible pour guider l’utilisateur et expliquer la notion informatique qu’elle renferme.

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Quels sont les principes informatiques que vous avez transposés sous forme physique ?

Je pense que le plus important à savoir est que l’ordinateur ne communique qu’avec des 0 et des 1. J’ai donc choisi d’aborder le binaire pour commencer, ce qui se passe lorsqu’on appuie sur les touches d’un clavier, l’affichage des pixels sur l’écran… Au départ, je voulais réaliser 8 mallettes (en référence à l’octet, l’unité de mémoire de l’informatique). Je n’ai pu en réaliser que 4 durant mon année de diplôme (Langage, Clavier, Pixel, Addition). Il me reste à aborder le mode colorimétrique (RVB), le son ou encore les axes (X, Y, Z)

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Comment avez-vous eu l’idée de développer un outil d’initiation à l’informatique sans ordinateur ? 

Je m’intéresse beaucoup à l’informatique et aux nouvelles technologies, je lis donc souvent des articles sur ce sujet. Un jour, je suis tombé sur une interview de Jean-Noël Lafargue (un des mes anciens professeurs au Havre). Il expliquait que la jeune génération née avec l’informatique utilisait cette technologie principalement comme média, pour communiquer ou se divertir. La plupart des jeunes n’utilisent pas les ordinateurs comme des outils et ils savent encore moins comment ils fonctionnent. J’avais envie de montrer qu’un ordinateur n’est pas une machine impossible à comprendre mais qu’elle repose au contraire sur des bases assez simples. J’ai également voulu montrer que pour comprendre le fonctionnement d’un ordinateur, il n’est pas nécessaire d’en avoir un. Avec quelques objets, de la logique et un peu de mathématiques, on peut comprendre plus facilement un domaine en apparence complexe. J’ai voulu créer des objets manipulables, simples et surtout ludiques. L’idée de mallettes pédagogiques m’est venue assez rapidement, comme des dossiers que l’on ouvre sur le bureau d’un écran d’ordinateur.

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Est-ce que vous vous êtes inspirés de dispositifs de médiation scientifique existants ?

J’ai beaucoup regardé comment étaient expliquées les choses dans des lieux comme la Cité des sciences, le Palais de la découverte ou encore le Vaisseau à Strasbourg. J’ai visionné quelques émissions de « C’est pas sorcier » qui expliquaient tout un tas de choses à l’aide de mécanismes très simples. Je regarde souvent du côté du Tangible Media Groupe (MIT) qui expérimente et met au point de nouveaux systèmes technologiques. Je suis curieux et je m’intéresse aux créations « hybrides », quand le numérique est associé au physique. Il y a une certaine magie lorsqu’on met un peu d’électronique et/ou de numérique dans des créations plastiques. Passé l’engouement, je ne peux pas m’empêcher d’essayer de comprendre comment cela fonctionne. Je suis d’autant plus émerveillé lorsque le dispositif mécanique et/ou électronique est simple et ingénieux.

Vous connaissez sans doute  le débat actuel sur l’apprentissage du code à l’école qui a ses défenseurs mais aussi ses détracteurs. Comment vous positionnez-vous par rapport à ces questions qui sont beaucoup discutées actuellement ? 

Lorsque j’ai commencé à réfléchir sur mon projet l’année dernière, on n’en parlait pas autant. En juin dernier, j’ai été agréablement surpris de voir qu’une loi sur l’apprentissage du code venait d’être proposée. C’est une question intéressante. Autour de moi, les enfants sont très à l’aise avec l’informatique, mais je me demande si ils sont aussi curieux que moi de savoir comment ça fonctionne ? Je ne souhaite pas fabriquer une génération de programmeurs. Je ne pense pas qu’il faille initier les enfants au « code » à proprement parler mais plutôt leur apprendre les grands principes pour qu’ils utilisent l’informatique de manière plus concernée.

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Dans la présentation de votre projet sur votre site, vous parlez de tests avec des enfants. Dans quel cadre se sont déroulés ces tests ?

J’ai organisé ces tests en Normandie avec l’aide du personnel de deux écoles (Parc d’Anxtôt et Saint-Jean de la Neuville). Des enfants de 6 à 14 ans ont pu tester le prototype de chaque mallettes par groupe de 3 ou 4 durant 15 minutes chacun. Grâce aux échanges, j’ai pu noter les améliorations à apporter. Il était surtout important de définir la tranche d’âge où les enfants sont les plus réceptifs.

Envisagez-vous de développer des prototypes de Logibox pour un usage plus large ? Cherchez vous à les commercialiser ?

J’envisage très prochainement de développer et de commercialiser (si possible) des Logibox-Mini dans un format moins imposant et plus facilement transportable. J’aimerais passer par une plate-forme de crowdfunding comme KissKissBankBank et évidemment je suis à la recherche d’un fabricant capable de produire ces objets…

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Pour en savoir plus sur Gaël Gouault et Logibox :

La Haute école des arts du Rhin (HEAR, qui englobe les Arts décos de Strasbourg) est l’une des plus belles école d’art française. J’avais déjà évoqué un travail d’étudiants strasbourgeois dans ce billet sur la scénographie d’une exposition en bibliothèque.

3 réflexions au sujet de « Logibox : Apprendre les bases de l’informatique… sans ordinateur ! »

  1. En effet, à travers diverses activités toutes aussi simples qu’amusantes, on peut familiariser les élèves, notamment ceux de bas âges, avec les fonctionnements de base d’un ordinateur, donc de l’informatique, sans être obligé d’avoir recours à l’utilisation d’un ordinateur, ni d’un tout autre outil informatisé. Ainsi, les apprenants auront le plaisir de s’amuser avec tout en s’initiant aux techniques de base de l’informatique. C’est un concept qui joint l’utile à l’agréable.

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