NaNoWriMo, Inktober & co : les challenges créatifs du web

nanowrimoNanoquoi ? #NaNoWriMo. Si vous traînez sur les réseaux sociaux ce mois-ci, vous avez de fortes chances de croiser ce hashtag mystérieux. Le NaNoWriMo ou National Novel Writing Month ou encore en bon français Le Mois (inter)national de l’écriture de romans est un challenge inventé par Chris Baty en 1999. Le principe ? Il s’agit de pondre en un mois pile un roman de 50.000 mots (soit environ 175 pages). Autrement dit, c’est un marathon littéraire. La première année, 21 potes de la baie de San Francisco participent. 15 ans plus tard, plusieurs milliers de nanoteurs relèvent le défi à travers le monde.

En prenant de l’ampleur, le NaNoWriMo a développé ses propres codes. Il y a tout un folklore et un jargon qui entourent le phénomène et qui contribuent à sa popularité. En plus des séances collectives de travail (« Write-In ») et des rencontre amicales entre participants (« Meet-Up ») qui se déroulent dans des lieux publics conviviaux (généralement des cafés), les forçats de l’écriture sont très actifs sur les réseaux sociaux, ils se retrouvent également sur un site web doté d’un forum international.

Des challenges en ligne

Le NaNoWriMo n’est pas le seul challenge créatif de ce genre. InkTober vient ainsi tout juste de s’achever. Ce défi graphique est une idée de l’illustrateur Jake Parker. Depuis 2009, des milliers d’artistes s’engagent tous les ans à produire un dessin à l’encre par jour pendant le mois d’octobre, soit 31 dessins qui sont partagés en direct sur le web.

On peut multiplier les exemples. Sur wikiwrimo, on trouve une impressionnante liste répertoriant environ 70 challenges créatifs limités dans le temps. Parmi, eux le 24h comics day ou le 48h film project (les intitulés sont suffisamment explicites pour que je n’aie pas à en dire davantage). On pourrait également citer une initiative individuelle comme le projet Bradbury de Neil Jomunsi. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un défi collectif, le projet Bradbury découle d’une philosophie voisine : pendant 1 an, Neil Jomunsi a écrit une nouvelle par semaine qu’il envoyait ensuite à ses abonnés (soit un total de 52 nouvelles). Il ne s’agit pas pour l’auteur d’un simple mode de diffusion de ses textes mais bien – comme pour les nanoteurs – d’une véritable discipline créative, un moyen de se mettre la pression et de se pousser à écrire :

Je n’étais pas à proprement parler un auteur débutant avant de commencer ce “Projet Bradbury”, mais je ressentais à ce moment le besoin de me centrer davantage sur l’écriture, de l’éprouver par la pratique, d’y consacrer tout mon temps et mon énergie. Le but était de me focaliser sur mon écriture comme un pianiste fait ses gammes, jour après jour, et rendre public ce cheminement était une manière de montrer que l’écriture est un artisanat qui s’améliore avec le temps et l’opiniâtreté de celui qui la pratique et que, contrairement à ce que l’on peut entendre ici et là, écrire est aussi — pas seulement, mais aussi — un métier.

NaNoWriMo, InkTober, projet Bradbury – dans chacun de ces challenges, il s’agit pour des artistes (plus ou moins confirmés) d’utiliser Internet comme une forme d’embrayage vers la création. Les réseaux sociaux fournissent aux auteurs qui le souhaitent un public bienveillant, des compagnons de labeur et un cadre ritualisé qui constituent autant de leviers de motivation. Il n’y a généralement rien à gagner et pas grand chose à perdre. Il n’y a pas que les aspirants créateurs qui affectionnent ce genre de défis : la plupart des blogueurs se lancent au moins une fois de temps en temps un petit challenge pour relancer leur envie d’écrire (l’un des plus connu est le challenge 1% de la rentrée littéraire organisé par le Hérisson du site Délivrer des livres et qui consiste, comme son nom l’indique, à lire 1% des livres publiés lors de la rentrée littéraire et à en parler). Pour en revenir au NaNoWrimo, il ne s’agit pas d’écrire un bon roman en un mois (très peu de gens y parviennent, même si quelques oeuvres ont bien été publiées) mais d’écrire pour écrire, pour aller au bout d’un projet personnel ou pour se prouver quelque chose, et de le faire à plusieurs, en s’amusant et en désacralisant l’acte créatif. Comme le dit Chris Baty, « no plot ? no problem » (« Vous n’avez pas d’intrigue ? ce n’est pas un problème »).

Les prolongements au delà du web

L’avantage de ce type de challenges c’est que, même si ils sont très codifiés, chacun est libre d’adapter la formule à sa sauce. Dans le cadre du NaNoWriMo, vous pouvez décider d’écrire un essai plutôt qu’un roman, vous devenez un « nanorebelle », votre participation n’est plus prise en compte dans le challenge principal mais vous serez quand même bienvenu sur le forum. Autre variante inattendue qui hybride de façon inédite écriture créative, résidence d’artiste et couchsurfing : en 2013, le blogueur Pouhiou a été écrire chacun de ses chapitres chez une personne différente se proposant de l’héberger !

On voit bien dans cet exemple l’aller retour qui s’effectue entre le réel et le virtuel, les réseaux sociaux servant de catalyseur ou de caisse de résonance. Le NaNoWriMo commence comme un gentil délire entre amis, sa popularité explose en ligne, il devient ensuite un phénomène mondial, qui donne lieu pour finir à de nouvelles formes de convivialités IRL. On a vu que les nanoteurs se donnaient traditionnellement rendez-vous dans des cafés ou des lieux conviviaux pour écrire. Cette année, l’éditeur Bragelonne (qui publie en français Ecrivez un roman en 30 jours de Chris Baty) a organisé la soirée de lancement (« Kick-Off Party ») de l’événement.

Et les bibliothèques dans tout ça ? C’est le genre d’endroit assez évident où se rendre pour écrire tranquillement entre amis. Sur le site français du NaNoWriMo, on peut voir qu’un Write-In a lieu aujourd’hui 8 novembre à la médiathèque l’Astrolabe de Melun. Pas un mot à ce sujet sur le site de la médiathèque… Les bibliothécaires ne sont sans doute même pas au courant. Cela n’a pas beaucoup d’importance : les professionnels n’ont pas forcément besoin de phagocyter ce type d’événement dont le charme vient précisément du caractère un peu sauvage. On peut tout de même imaginer qu’une bibliothèque mette les petits plats dans les grands pour accueillir une bande de nanoteurs, en leur réservant des places de travail, en communiquant autour du challenge et de son avancement, en organisant (pourquoi pas ?) une Kick-Off Party ou un pot de clôture de l’aventure (plus connu sous l’acronyme TGIO pour « Thanks God It’s Over »). Je ne connais pas encore de bibliothèque qui fasse ce genre de chose.

Et vous, collègues bibliothécaires : saviez-vous que vos usagers organisaient des ateliers d’écriture sauvages dans vos établissements ?

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