Coup de projecteur sur trois projets présentés aux rencontres Médiation numérique 2014

mashupBonus du billet précédent !

Il y avait beaucoup de beaux projets à découvrir durant les rencontres Médiation numérique 2014, je vais me contenter de revenir sur 3 d’entre eux qui présentent un intérêt particulier en bibliothèque ou qui sont susceptibles d’être transposés dans un équipement de lecture publique : le webmagazine de la Bibliothèque publique d’information, la table MashUp utilisée au cinéma l’Alhambra, et la classe numérique théâtre du département du Rhône.

Balises, le webmagazine de la Bibliothèque publique d’information

Bon, commençons par là. On va dire que je suis de parti-pris puisque je suis employé par la Bpi. N’empêche qu’il s’agit d’un projet ambitieux qui répond à certains enjeux extrêmement actuels.

La Bpi a été créée en 1977 avec pour mission principale d’informer le public et de suivre l’actualité. Pour ce faire, les bibliothécaires produisent depuis déjà longtemps des contenus de médiation physiques (bibliographies, tables de valorisation, expositions…), comment leur trouver un équivalent numérique ? (en sachant qu’Il n’est pas question de mettre simplement en ligne des bibliographies).

L’idée ambitieuse de Patrick Bazin (le précédent directeur de la Bpi parti à la retraite en 2013) consiste à faire du site de la bibliothèque un véritable média en ligne en reprenant les codes et les formats du journalisme (dossiers, portraits, interviews, chronologies, brèves…). Comme dans un vrai magazine, cette ambition éditoriale est adossée à une organisation interne avec une charte éditoriale, un planning de publication, une conférence de rédaction mensuelle. Les archives des manifestations de la Bpi qui étaient déjà numérisées seront reprises sous la forme d’une web TV et d’une web radio. Visuellement, le site intitulé « Balises » ne ressemblera pas à un site de bibliothèque mais à un blog ou à un site d’actualité en ligne (le CMS utilisé est Jahia).

A terme, l’idée est de faire de Balises un site collaboratif : le public ou d’autres institutions pourraient proposer des contenus ou en récupérer pour alimenter leurs propres sites. Toutes les bibliothèques publiques ne sont pas capables de produire des contenus et il peut y avoir un sens à mutualiser cette activité plutôt que de l’abandonner à des prestataires privé (comme Archimed avec son service Libfly). Après 2 ans de conception, Balises sera mis en ligne le 14 octobre.

Une maquette du webmagazine

Une maquette du webmagazine

Les Classes culturelles numériques du Rhône

Je fantasme depuis longtemps sur l’idée d’accueillir en bibliothèque des résidences (virtuelles) de blogueurs littéraires. A ma connaissance ça n’a jamais été fait mais Erasme, le centre d’innovation numérique du département du Rhône, est parvenu à un résultat assez proche de ce que j’imagine en s’appuyant sur une infrastructure développée pour le milieu scolaire : laclasse.com, l’environnement numérique de travail (ENT) des élèves et des enseignants du département.

En collaboration avec la compagnie Ariadne et le théâtre Théo Argence, des « classes numériques théâtre » ont permis à un auteur (Luc Tartar) de tisser des liens avec pas moins de 8 classes simultanément (une démultiplication rendue possible par le numérique). Par le biais de l’ENT, l’auteur et les classes se sont retrouvés pour un rendez-vous régulier consacré à sa pièce En voiture Simone. Ce parcours est scénarisé et prend la forme d’une enquête : à chaque séance, un acte supplémentaire de la pièce est dévoilé et l’auteur pose aux gamins des petits défis et des questions. Les réponses des classes, entièrement libres, sont variées et toutes différentes : vidéo, textes, photos, etc. L’ensemble se conclue par une rencontre avec l’auteur en chair et en os.

Dans cette expérience, j’aime particulièrement la façon dont un outil de travail en ligne a priori rébarbatif a été détourné pour devenir un support ludique de création. L’idée des classes numériques a été déclinée dans d’autres domaines que le théâtre : le roman, le design, la philosophie.

L'interface de laclasse.com

L’interface de laclasse.com

La table MashUp

La table MashUp présentée par le cinéma marseillais l’Alhembra est un outil d’éducation à l’image utilisé en atelier. A l’origine de ce projet il y a un constat : il est difficile d’accompagner un groupe de jeunes de A à Z sur un projet audiovisuel (depuis l’écriture, en passant par le tournage jusqu’au montage). Il y a toujours un moment où le public décroche. Il est également difficile de travailler à plusieurs sur certaines étapes (comme le montage). D’où l’idée de simplifier le processus en faisant du mashup, c’est-à-dire en partant d’images existantes pour créer de nouveaux films.

Le principe du mashup n’a rien de nouveau (il y a d’ailleurs un mashup film festival organisé tous les ans au Forum des images). La véritable innovation, c’est la table elle-même : il s’agit d’une surface transparente équipée à sa base d’un capteur optique. En posant dessus des cartes munies d’une sorte de QR code, on fait apparaitre sur un écran une vidéo, une image, un son ou une action correspondante. En bougeant les cartes, on modifie en direct les éléments à l’écran. Si vous avez trois cartes qui correspondent à trois séquences, en changeant l’ordre des cartes vous changez l’ordre des séquences dans votre montage. Bref, des manipulations physiques simples permettent d’obtenir (à peu près) le même résultat que dans un logiciel de montage compliqué. Il est possible de travailler à plusieurs, le résultat est extrêmement ludique et techniquement ça fonctionne parfaitement (la partie logicielle est codée sous Processing, un langage de programmation libre destiné aux artistes numériques). Le dispositif peut donner lieu à des performances live très amusantes comme l’a démontré en direct Romuald Beugnon, l’inventeur de la table…

Je suis persuadé que vous n’avez rien compris à ce que je viens d’écrire alors regardez cette vidéo, c’est plus simple :

3 réflexions au sujet de « Coup de projecteur sur trois projets présentés aux rencontres Médiation numérique 2014 »

  1. Bonjour Nicolas et merci pour votre intérêt pour les classes culturelles numériques d’Erasme. Pour info, nous avons fait évoluer le dispositif dans le cadre des rencontres avec des auteurs invités aux Assises internationales du roman (avec la villa Gillet de Lyon), en transformant l’approche via la time line vers un générateur de cadavre exquis qui permet à 10 collèges de travailler avec Maylis de Kerangal, puis Leonora Miano et enfin cette année avec Joy Sorman et d’éditer chaque année 11 nouvelles. La base de l’outil est open source.
    A suivre sur http://air.laclasse.com/
    Bien cordialement,

  2. Merci Christophe pour ce complément d’information et pour ces beaux projets.

  3. Ping : Retour sur la quatrième rencontre « Médiation et numérique dans les équipements culturels » | Le Recueil Factice

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