Une exposition qui s’invite dans les rayonnages

Les expositions en bibliothèque – et en particulier celles qui portent sur la littérature ou sur l’objet-livre – posent deux types de problème : d’abord, le dispositif scénographique (vitrines, panneaux, cimaises…), les espaces de lecture et les rayonnages de collections sont des entités hétérogènes. Du coup, l’exposition est souvent coupée du reste de la bibliothèque, sans véritable interaction avec l’offre documentaire. D’autre part, des livres, des objets imprimés ou même des manuscrits, ce n’est pas très intéressant à voir exposé.

L’exposition Qui ? Résiste, consacrée au travail du graphiste Pierre di Sciullo, approche ce dilemme de façon originale. Conçue par des étudiants en graphisme de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) à Strasbourg dans le cadre de la manifestation Le Graphisme en France 2014, elle est actuellement présentée au centre de ressource de la Gaîté lyrique à Paris jusqu’au 12 octobre (avant de rejoindre la bibliothèque universitaire du Havre).

Un mot sur Pierre di Sciullo : graphiste et typographe, di Sciullo est connu pour ses graphzines, ces fanzines de création visuelle qui naissent au début des années 80 avec la démocratisation des photocopieurs et le développement du « Do it yourself » promu par la vague punk. Depuis plus de 30 ans, di Sciullo publie Qui ? Résiste, une revue d’expérimentations graphiques et poétiques.

L’originalité de l’exposition est d’avoir été conçue d’emblée pour être présentée en bibliothèque (initialement la mediathèque de la HEAR), les vitrines sont donc intégrées directement à l’intérieur des rayonnages. A la Gaîté lyrique, c’est un parti pris qui fonctionne particulièrement bien avec le mobilier design du centre de ressources.

Les vitrines éclairées s’intègrent parfaitement dans les collections, elles renferment des exemplaires de la revue, des carnets de croquis et différents objets comme des plaques de linogravure ou des maquettes. Des présentoirs et des modules ouverts permettent de présenter des documents que les usagers peuvent manipuler : ouvrages de référence, documents personnels ou historiques (comme la revue de faits divers Qui ? police, dont di Sciullo a parodié le titre).

Chaque vitrine est numérotée et renvoie à une application sur iPad qui permet également de feuilleter les numéros de la revue qui sont numérisés et d’écouter une longue interview du graphiste découpée en chapitres. L’ergonomie de l’appli est un peu austère, et la posture de lecture la plus naturelle consiste à se poser quelque part pour explorer tranquillement l’application avant de déambuler ensuite entre les rayonnages. Ce n’est pas l’équivalent d’un audioguide. Pourtant, il n’y a pas d’autre moyen de s’approprier l’exposition puisqu’il n’y a pas de cartel sur les vitrines.

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Dans un autre lieu (la médiathèque de l’HEAR), l’effet est différent mais tout aussi intéressant (Photos : Antoine Lejollivet, source)

Il y a donc quelques petits points qui sont perfectibles mais Qui ? Résiste reste un très bel exemple d’intégration d’une exposition au sein d’un fonds documentaire. Dans un article du bbf, j’écrivais qu’il fallait réhabiliter l’idée de cabinet de curiosité, et tenter d’intégrer ponctuellement des objets dans nos collections. La preuve que c’est possible.

Une réflexion au sujet de « Une exposition qui s’invite dans les rayonnages »

  1. Ca change tout que l’exposition soit intégrée au reste de la bibliothèque. J’aurais bien aimé voir ça!

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